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06 novembre 2010
Patrice Chéreau invité du Musée du Louvre
LES VISAGES ET LES CORPS
Une quarantaine d’oeuvres, au total, issues des collections du musée du Louvre, du musée national
d’art moderne‐Centre Georges‐Pompidou, du musée d’Orsay, du musée de l’Orangerie, du musée
des Beaux‐Arts de Tours et du musée Fabre à Montpellier. Des chefs‐d’oeuvre comme L’Homme au
gant de Titien, le Christ mort de Philippe de Champaigne, L’Origine du monde de Courbet, le Portrait
de Michel Leiris de Francis Bacon voisinent avec des oeuvres moins connues et des photographies de
l’artiste américaine Nan Goldin.
Dans chaque oeuvre « qui lui parle », c’est une tranche d’humanité que Patrice Chéreau découvre,
une archéologie du sentiment qu’il met au jour. Derrière l’œuvre, derrière le sujet représenté, banal
apparemment parce que le visiteur ou l’historien s’y sont trop vite habitués, c’est l’homme, la vie
qu’il traque, dans sa beauté et sa faiblesse. Il ne s’agit pas d’ériger sur les ruines du Musée (avec un
M majuscule) ainsi démantelé, les contingences d’un musée imaginaire, formel et intellectuel, de
substituer un ordre à une autre, mais, avec « les visages et les corps » – et il insiste pour l’article
défini –, de ranimer la part de vie enfermée, figée pour l’éternité dans l’oeuvre d’art muséifiée.
Il s’établit un dialogue des œuvres, qui se découvrent l’une à l’autre dans des correspondances
poétiques, dont le metteur‐en‐scène est le révélateur.
Au final, il s’élève de tous ces visages et de ces corps, rassemblés comme dans un grand opéra, un
long chant mélancolique et plaintif, cruel quelquefois, avec ses moments de grâce et de désespoir,
une quête de la beauté, à tout instant menacée par le temps, par le travail, par le désir, par le regard
du spectateur. Que reste‐t‐il, au terme de ce tri ? La beauté éternelle et immuable, celle qui regarde
du côté de l’idéal, a disparu : peu de corps d’hommes exaltés dans la force de l’âge, ou alors
seulement soumis à une contrainte, des Christ morts, des dépositions, des saints anémiés ou des
philosophes au bord du suicide… quand ils ne sont pas disséqués, débités en morceaux comme dans
ces Fragments anatomiques de Géricault.
Car, dans ce monde imaginaire que reconstitue Patrice Chéreau, comme un reflet du nôtre, les
hommes et les femmes luttent pour avoir, ne serait‐ce qu’un instant encore, leur part de beauté.
Sébastien Allard (extrait du livre : Patrice Chéreau, Les visages et les corps, musée du Louvre)
11:30 Écrit par Frantz Cappé dans SONGES d'expositions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : louvre, chereau, peinture, theatre, cinema, photographie, danse |
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