07 mars 2011
Emma de Caunes et Raphaël dans Pour l'amour de Gérard Philipe
En 1959, la famille Gérard attend son premier enfant. Fantasme du devenir, poids du prénom, désir d’avenir, le père voudrait un petit Charles (comme De Gaulle), la mère voudrait un petit Philippe (comme l’acteur). L’enfant nait avec un seul doigt à chaque main et les ambitions chutent en même temps que le père tombe de la Grande Roue sous le cri d’amour de la mère : « je t’ai aimé un jour – un jour de beuverie où j’étais assez saoule pour que tu me fasses un fils ».
Le ton est donné, ce ton et ce style que l’on retrouve dans les pièces de Pierre Notte (Je ne suis pas Catherine Deneuve, L’enfant sur le loup) où le conte penche plus du côté de l’horreur et les vices des humains sont décrits de façon froide, implacable et réaliste. Un narrateur commente, avec distance, des scènes où les rires fusent nerveusement et une voix off nous martèle les événements principaux du 20ème siècle à partir de la mort de Gérard Philipe : les pas d’Armstrong sur la lune, l’élection de Mitterrand en 1981, l’abolition de la peine de mort. Le jeune Philippe Gérard, doté de ses deux seuls doigts doit apprendre à survivre et trouve sa place chez les forains comme dompteur d’ours alors que ses parents ne souhaitaient que la célébrité.
L’être célèbre est-il un monstre ? Devient-on monstrueux par la célébrité ? Qu’est-ce qu’un monstre ? Peut-on influencer un destin, un avenir une carrière ? Autant de thèmes philosophiques qui semblent passionner Pierre Notte.
La pièce repose sur un trio de comédiens aguerris : Romain Apelbaum se démène jouant le court rôle du père et celui de l’ours ; Bernard Alane, facétieux, bondissant, irrésistible en Max Vogler donne la réplique à Sophie Artur, la mère qui souhaite le bonheur d’un enfant en lui faisant porter le carcan d’un idéal politique et humain. Toute en finesse et créativité, elle émeut, choque, fait rire emportant la palme de l’interprétation du soir. Ces trois comédiens aguerris épaulent Raphaël dans sa première interprétation théâtrale (bienvenue… j’aime ces talents multiples qui n’hésitent pas à franchir les barrières imposées par notre société française et ses cases dont il ne faut pas sortir). La voix est là, curieusement proche de celle de Gérard Philipe. Le ton également. Il manque encore la gestuelle et une présence plus affirmée. Quand à Emma de Caunes, elle joue Bibi Vogler, la patronne du cirque Prométhéor avec conviction, un rôle fragile et l’espace d’une chanson captive son auditoire. Merci à Apelbaum, Alane et Artur de prendre sous leurs ailes deux petits moineaux qui ne demandent qu’à s’envoler.
La mise en scène de Pierre Notte lui-même repose sur des décors simplistes, épurés, laissant la voie libre à l’imagination du spectateur. On regrettera une baisse de rythme au milieu de la pièce qui handicape les délires de l’ours du cirque Prométhéor. Les costumes de Caroline Martel sont au service du texte et du temps qui passe avec beaucoup de maitrise. Ce n’est peut-être pas la pièce la plus aboutie ou la plus dérangeante de Pierre Notte, mais un pavé de plus dans sa cour des miracles.
15:00 Écrit par Frantz Cappé dans SONGES en spectacle | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : amour, gérard, philipe, la bruyère, pierre, notte;emma, de caunes, raphaël, sophie, artur, romain, apelbaum, caroline, martel |
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