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27/01/2016

film Shutter Island

 J'ai largement évoqué mon amour pour Martin Scorsese dans de précédents articles tant la mise en scène du bonhomme, les sujets qu'il aborde ou les acteurs dont il s'entoure me frappe avec la légèreté d'un Shinkansen qu'on se prendrait en pleine gueule. Je reprends une formule datant de The Departed : depuis la mort de Kubrick et son dernier film comme faire-part , Scorsese est le seul à régner sans partage au sommet de la pyramide, assis sur une filmographie nerveuse, vibrante, intelligente, spirituelle, osée, provocante, barrée, référencée.

Son Shutter Island ne déroge pas à la règle. Il s'agit bien du nouveau chef d'œuvre du maître qui s'aventurait ici, pourtant, en terres inconnues: le thriller sur le fil du rasoir, naviguant entre film noir et film fantastico-psycho-surnaturel. Le Philip Marlowe de Raymond Chandler chez Lynch ou Amenabar. On sort de Shutter Island avec les tripes un peu retournées, tant Scorsese s'évertue pendant 2h15 à nous enfermer dans son univers claustrophobe, aux confins de la folie humaine.

Shutter Island, c'est d'abord un roman phare - jeu de mots référence au final... - écrit par Dennis Lehane, auteur de Mystic River et de Gone, lady, gone, déjà portés à l'écran par Eastwood et Affleck. Un roman qui nous conduit au cœur d'une île sur laquelle se trouve un asile de haute sécurité pour fous dangereux, un Alcatraz de la démence. Deux marshalls se rendent sur les lieux car une pensionnaire a disparu dans des circonstances étranges et inexplicables. Les deux marshalls vont se confronter à une administration troublante et énigmatique et leur enquête va peu à peu les conduire aux frontières du soutenable.

Leonardo Di Caprio, encore une fois chez Scorsese... je suis le premier à l'avouer, ça commençait sérieusement à me gaver, étant un brin nostalgique des neiges d'antan, des flocons uniques que sont Robert De Niro, Joe Pesci ou Harvey Keitel. Pourtant, il faut le reconnaître Di Carpaccio trouve ici le rôle le plus intense de toute sa carrière. Un rôle physique et habité. Scorsese l'aime et ça se sent dans la mise en scène. Il lui accorde de longs gros plans, au plus près du regard, pour accentuer la descente aux enfers, palpable dans ces deux billes bleues.

Scorsese s'offre par ailleurs des effets de miroir avec son œuvre : Shutter Island est située au large de Boston, là où se situait l'action de The Departed, on pense très souvent aux Nerfs à vif et à The Aviator, les deux films essentiels dans lesquels Scorsese abordait déjà la folie et la façon qu'elle a de ronger les hommes, comme une lèpre psychologique... et puis il y a ce pyromane: je ne sais pas si c'est voulu ou pas, mais j'ai instantanément pensé à Travis Bickle, le Taxi Driver incarné par Robert De Niro... tiens, encore un rôle de fou furieux.

Scorsese serait-il le Goya du Septième Art, attiré, presque de façon malsaine, par les blessures de l'âme ?

 

14:12 | Lien permanent

08/01/2016

livre : L'âge de la déraison

 

Vous commencez à me connaître : je n'y vais pas avec le dos de la cuillère dans mes chroniques. Quand j'aime: j'adore; quand ça me plaît pas : c'est nul à chier. On va pas s'emmerder avec les étiquettes et les peut-être.
Alors là, ouvrez grand le tiroir chef d'oeuvre. Je vous ai confié il y a peu être en pleine cure d'uchronie. En la matière, Greg Keyes, lui non plus, n'y va pas avec le dos de la cuillère et l'auteur de dynamiter toute l'Histoire du XVIIème siècle européen.

L'âge de déraison, pavé découpé en quatre tomes, est un Tétris de magie, d'alchimie, d'Apocalypse, de têtes couronnées. On y suit Louis XIV mais surtout le binôme Benjamin Franklin, en mode jeune aventurier, et Isaac Newton, en savant mystique et mystérieux. Quelle aventure passionnante! Keyes, en bon alchimiste, réussit le périlleux et savant mélange de l'uchronie, à savoir ne pas verser dans l'érudition gratuite et l'explication de texte historico-historicienne. Keyes, qui s'est fait la plume à l'école de l'héroic-fantasy (et dans le foot, oui, parfaitement voir http://www.futsalecho.be ) , arbore ici les sentiers de la SF immergé dans un cadre historique précis tout en gardant la dimension magique et mystique de la fantasy pure. On nage en plein bonheur tellement ce mélange à du gôut et de la saveur au fur et à mesure de la lecture. Lorsque le chaos guette et que les mondes s'effrondent, on a l'impression de lire du Alan Moore. Les gentlemen extraordinaires au siècle d'or français.

Keyes joue sur les vieilles peurs des hommes et ne choisit pas son cadre et ses personnages au hasard: en optant pour des inventeurs, des découvreurs ou des visionnaires, Keyes place l'Homme au coeur d'un système instable qu'il ne maîtrise pas mais qu'il tente de dompter. Telle est la science périlleuse des alchimistes. Lorsque les certitudes s'effrondent, que reste-t'il? Quelle direction prendre? C'est avec un rare plaisir que Keyes vous prendra par la main pour vous dire au creux de l'oreille: n'importe où. Invitation ultime au voyage, l'uchronie de Keyes n'est pas réservée exclusivement aux érudits et amateurs d'Histoire, même s'il va de soi qu'on prend plus de plaisir à lire ce genre de romans avec un certain bagage culturel, nécessaire pour cerner les références, les différences, les clins d'oeil.

Donc cet été: achetez un ou deux Que sais-je? puis lecture de L'âge de déraison.

 

17:41 Publié dans Livre | Lien permanent