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CULTURE & cie

  • Livre : La Fille sans qualités de Juli Zeh

    la fille sans qualité.JPGEditeur : Actes Sud
    Publication :1/9/2008

    Les démons fascinent bien davantage que les entités diaboliques : il fallait la maestria d’une Juli Zeh pour dédiaboliser ce constat. Qui n’a guère éprouvé une once de fascination morbide à tenter de comprendre les motivations de tueurs de masse de Columbine, Virginia Tech, ou encore Erfurt en Allemagne ? L’ancienne avocate décortique avec une attention clinique le cas d’Ada, 14 ans, dont la maturité et l’intelligence supérieure trouve son pendant chez l’énigmatique Alev. Avec lui, cette jeune fille dépassée par l’absurdité de la vie, profondément nihiliste, pourra se laisser aller à sa haine de la société. Et à sa folie diabolique. Crise d’adolescence ? Cri d’une génération sans avenir ?


    Juli Zeh dépasse ses clichés pour s’intéresser à l’(in)humain et tenter d’en comprendre - avec l’objectivité d’une femme de loi - les mécanismes fondamentaux. Si elle emprunte à Musil son titre (‘L’Homme sans qualités’), c’est surtout Camus que l’on lit entre les lignes : Ada se pose en juge pénitent des temps déchus, elle est le miroir tendu à la sottise humaine. L’auteur ne manque pas d’y ajouter sa vision de la théorie du chaos : chaque infime détail contribuera à l’imminence du dénouement. Allégorique ? Métaphorique ? Cynique ? Juli Zeh ne s’embarrasse pas de la représentation et de la quête de sens. Elle montre, et c’est déjà bien suffisant.

    La perfection existe le temps de la lecture de cette oeuvre renversante, sublime, inoubliable. Espérons qu’elle fasse des émules.

  • Mille ans de manga, Brigitte Koyama-Richard

    mille-ans-manga.JPGSi vous l'ignoriez, vous profiterez du périple pour découvrir que le terme de manga dans son acception occidentale n'est guère employé ainsi que par chez nous. Au Japon, si les idéogrammes signifient juste dessin (ga) rapide (man), ils qualifièrent d'abord les manuels de dessin d'Hokusai - la célèbre collection

    Le dessin de manga ne constituerait donc pas un produit dérivé du manga, mais ses tout débuts habilement mis au goût du jour -, par la suite les caricatures et bandes dessinées satiriques publiées dans les gazettes et à présent surtout les estampes de la période d'Edo.

    Il est intéressant de remarquer que ces deux formes, les estampes des XVII-XIXèmes siècles et les japanese comics du XXème, avant même de partager thèmes ou éléments graphiques, ont en commun de s'appuyer sur une valeur marchande faible. La classe moyenne de l'époque semblait désireuse d'art : pour diminuer les coûts et ainsi accroître la diffusion, on inventa sa reproductibilité (les estampes), et adieu bientôt rouleaux enluminés.

    Peut-être le manga aborde-t-il en ce moment au Japon un virage du même type, à la fois économique et artistique, avec la baisse des ventes des revues et des livres, le succès des manga-cafés, le lancement en janvier de l'hebdomadaire gratuit Gumbo et la forte progression du marché sur les téléphones portables.

     

     

  • Mille ans de manga, Brigitte Koyama-Richard

    mille-ans-manga.JPGBrigitte Koyama-Richard décrit ici l'histoire du Nezumi-Soshi emaki, peinte au XVIème siècle sur cinq rouleaux de papier longs chacun d'environ cinq mètres.

    Parcourir Mille ans de manga en 250 pages et quelque 500 reproductions implique une cadence soutenue ; l'ouvrage qui paraît sous ce titre un rien aguicheur chez Flammarion se positionne cependant assez loin de la compile de circonstance que l'on pouvait redouter (dont l'objet premier eût été, mettons, de vendre du beau livre d'art en masse).

    Après Isao Takahata, merveilleux réalisateur des studios Ghibli (Le Tombeau des lucioles, Mes voisins les Yamada, Goshu le violoncelliste, Pompoko...) qui a consacré aux Dessins animés du XIIème siècle un livre pour l'heure inédit en France, après la fête Au pays des manga donnée par le musée du quai Branly au printemps dernier, l'auteure s'attache à montrer comment la bande dessinée japonaise contemporaine s'enracine dans une histoire culturelle et artistique multiséculaire qu'elle assimile et perpétue dans ses développements propres.

     

     

  • Le miroir aux vampires – Fabien Clavel

    le-miroir-aux-vampires.JPGVoilà un roman que j’avais très envie de lire depuis que les éditions Baam! nous alléchaient avec leurs teasers sur Facebook ! De plus, la couverture me plaît beaucoup. Bien sombre avec le reflet un peu démoniaque du personnage dans le miroir. Et un atout majeur : un auteur français ! 

    Ce roman a une forme particulière : Il est raconté par Léa, ado de Terminale, sous forme de lettre rédigée à l’attention de sa grande soeur. C’est donc une façon d’écrire un journal intime sans en avoir l’air. J’avoue que j’aurais préféré une forme non-épistolaire puisqu’en fait il n’y a pas d’échange de courrier et que j’ai trouvé peu crédible cette façon de faire. Les journées de Léa nous sont décortiquées avec de nombreux détails, certains dialogues sont au présent et définitivement  non, ça ne ressemble pas à une lettre ni à un journal intime. Mais je me suis prise au jeu malgré tout et n’ai pas mis longtemps à venir à bout des 447 pages.

    Léa est en Terminale au lycée Saint-Augustin de Compiègne, en internat. C’est une jeune fille très douée, qui travaille beaucoup et vise la mention Très Bien au bac. Elle est solitaire, se sent un peu différente de l’agitation de ses camarades et adore le sport. Loin de la pimbêche sur talons hauts, elle se promène en jogging et n’a que peu faire d’être la reine du lycée. Elle partage sa chambre avec Nora, petit bout de fille très peu causante et donc bien mystérieuse !
    J’ai aimé les deux jeunes filles, que ce soit Nora ou Léa mais j’ai eu du mal à cerner leur relation. Nora ne parle pas ou seulement par onomatopées et ça a l’air de convenir à sa compagne de chambre qui ne s’en offusque pas plus que ça. Personnellement, j’ai trouvé leur relation bien ambigüe.

    Le lecteur est donc plongé dans le quotidien de l’internat et du lycée. Une bonne première moitié du livre pose les bases, l’action n’arrivant que très tardivement. Mais je suis restée comme hypnotisée à ma lecture. Des petits détails nous semblent étranges, nous poussant à tourner les pages toujours plus vite. Des espèces de suçons apparaissent sur le cou des élèves, une forme d’embrigadement prend place dans le lycée rappelant un peu le La Vague de Todd Strasser… Un régime totalitaire se met en place, des caméras sont installées, des règles édictées et très peu d’élèves se rebellent contre le nouveau système.

  • La Fabrique de souvenirs de Philippe Pollet-Villard

    fabrique-des-souvenirs.JPGC'est là, au Café du Havre, que j'ai commencé la lecture de La Fabrique de souvenirs de Philippe Pollet-Villard. Tout de suite je me suis retrouvée en équilibre, dans le mouvement de danse à demi esquissé que ce livre, comme le précédent, sait si bien faire épouser à son lecteur. Peut-être oserai-je même qualifier cette lecture de "somnambulique", tant les histoires du créateur de L'Homme qui marchait avec une balle dans la tête s'énoncent par la grâce d'une voix qui possède la lucidité aiguë des rêves éveillés.

    Par instants, je me laissais porter malgré le froid dans une lévitation en direction de la plage du Sillon. Dos dans la mer, visage levé, je regardais le ciel que décrit Pollet-Villard, je sentais ployer les arbres formés à la découpe de son style, je m'amusais aussi de sa tristesse enjouée si singulière parce que je ne pouvais guère faire autrement. Les lecteurs sont des animaux cruels. La Petite Catherine de Heilbronn, texte adoré de Kleist, trouve incidemment chez Philippe Pollet-Villard un rebond presque fortuit.


    La Fabrique de souvenirs est un très malicieux ouvrage, qui vous fera sans cesse vous retourner sur vos pas pour voir exactement qui vous suiviez dans votre lecture, parmi les brumes chuchotantes de vos souvenirs et le modèle familial que vous prête l'auteur. Miroir un peu accidenté, hors d'âge, digne des contes et légendes, tout ce qu'il y a de menteur et pourtant incroyablement juste malgré les écorchures, comme une note tenue par Amy. Sous des dehors sobres, pacifiés, ce qui s'y raconte, vous le vérifierez, est d'une force inouïe et brutale.
    Chacun, sans doute, y rencontrera ses fantômes, y fera face à ses peurs, y dansera ses vertiges.
    L'auteur n'est pas du tout raisonnable, il réussit son second livre avec autant de mystère que le premier.

  • Avis sur le livre : Un instant d'abandon de Philippe Besson

    besson-un-instant-abandon.JPGDes spécialistes avisés du marketing agro-alimentaire avaient conçu naguère un système de poulailler industriel dans lequel on réveillait les poules au milieu de la nuit, en leur fabriquant un faux jour, pour qu’elles pondent davantage. Ça marcha très bien pendant un temps : on augmenta la production des œufs grâce à ce jour artificiel, des petits œufs tout blancs et insipides avec une coquille fragile. Mais ça ne dura pas : perturbées dans leur rythme naturel, les pondeuses devinrent folles, se volèrent littéralement dans les plumes et firent la grève des œufs avant de mourir tristement, plumées, décharnées, insomniaques, anorexiques et stériles…


    La « rentrée littéraire », c’est un peu la même chose : on réveille les écrivains à date fixe et ça donne des petits œufs littéraires bien calibrés, à peu près insipides, par douzaines, par centaines, par milliers. J’exagère un peu, bien sûr, mais il y a tout de même de ça.


    Prenons l’exemple de Philippe Besson. Après un beau premier roman (En l’absence des hommes), puis quelques autres plus ou moins réussis (Son frère, L’arrière-saison, Un garçon d’Italie, Les jours fragiles), il a pris le rythme de cette saison artificielle et on s’inquiète de le voir s’adapter si bien à ce stakhanovisme de poulailler qui lui fait pondre un nouveau roman à chaque rentrée. L’œuf de l’année s’intitule Un instant d’abandon. Sous leur jolie petite jaquette illustrée, ces deux cents pages nous racontent laborieusement l’histoire pathétique d’un pauvre marin pêcheur anglais, faux père d’un enfant qu’il laisse se noyer et revenant, après cinq ans passés en prison, dans le village où il est indésirable. Faux réalisme, faux décor, personnages plus que minces, phrases courtes, intrigue simplette, bons sentiments : c’est ce qu’on peut appeler un livre raté à la lecture duquel on s’inquiète du devenir d’un écrivain qui avait su imposer une couleur, une tonalité bien à lui dans ses premiers livres.

    Ici, même la relation amoureuse avec Luke, le co-détenu qui a « de la beauté en grains sur les épaules » et qui viendra rejoindre Thomas, le narrateur, dans la dernière page (mais on l’avait deviné dès le début), est évoquée de façon tellement allusive et abstraite qu’elle en perd tout intérêt et toute crédibilité.

    Dommage !

  • Les Cathares du Languedoc au XIIIe siècle René Nelli

    cathares-languedeoc.JPGIl y a eu des cathares en France, en Catalogne, en Italie, en Allemagne et même en Angleterre. Mais c’est surtout dans le midi de la France, de la fin du XIIe siècle à l’année 1209, où fut déclenchée la croisade albigeoise, que le catharisme put s’organiser en une Eglise et, par l’intermédiaire des grands seigneurs gagnés à sa cause, exercer une influence sociale et politique sur l’ensemble de la région.

    Le catharisme (cathare signifie « pur » en grec) s’inscrit dans le mouvement de rénovation évangélique qui s’est manifesté dans toute la Chrétienté médiévale. Doctrine hétérodoxe, il professait l’existence de deux principes antagonistes - le Bien et le Mal, inégaux en valeur mais également éternels (ce que l’on a appelé le manichéisme ou le dualisme). Il défendait l’idée que l’univers, rempli de créatures vaines et corruptibles, était l’œuvre du Diable.

    S’il n’est pas une hérésie à proprement parler (il n’y a pas ici de divergence dans l’interprétation du dogme), la résurgence du manichéisme qui accompagne le mouvement rogne l’autorité de l’Eglise qui est, comme partout en Europe alors, l’alliée du trône.

    Avec ce livre sur l'histoire des Cathares René Nelli retrace leur histoire dans le sud de la France mais aussi leur vie quotidienne comme l’indique le titre de cette collection historique.

    René Nelli, Les Cathares du Languedoc, collection la vie quotidienne, Hachette, 1969, 1996, 292 p.

  • Avis sur Maria de Pierre PELOT

    maria.JPGCe livre se déroule sur trois périodes différentes : le moyen-âge (l'histoire des Vosges est racontée par une conteuse locale), la second guerre mondiale (où l'on suit le destin de Maria, épouse d'un collabo) et enfin de nos jours (où l'on suit un homme à la recherche d'une dame !).

    Ces trois destins se croisent et se recroisent au détour des différents chapitres et on se laisse rapidement prendre par la Grande Histoire et les petites histoires !

    Petit à petit, on en apprend plus sur les points communs entre la conteuse et la vieille dame qui en fait ne sont qu'une seule et même personne : MARIA !

    On apprend également une page d'histoire des Vosges. Histoire totalement inconnue pour moi qui ait toujours vécue dans le Sud-Ouest !

    Et puis, à la fin, on apprend l'identité de l'homme et on se laisse surprendre par cette ultime révélation qui nous fait encore plus aimé Maria.

  • Avis sur le livre LA ROUTE DE TOUS LES DANGERS, de Kris Nelscott

    danger.JPGMalgré un démarrage plutôt difficile, je dois avouer que je suis contente d'avoir participé à ce partenariat. Quand, j'ai vu ce livre, il m'a tout de suite intéressé. C'est l'histoire et l'époque qui m'ont plus en premier, puisque j'étais entrain de participer au swap "American Sixties" organisée par Tiphanie.

    J'ai connu quelques difficultés au début du roman, je n'arrivais pas à entrer dans l'histoire et à me familiariser avec Smokey Dalton, le personnage principal. Je le trouvais beaucoup trop pessimiste et beaucoup trop solitaire. C'est ce qui m'a bloqué pendant une bonne centaine de pages, avant de me prendre d'affection pour Laura, sa cliente et pour Jimmy, ce gamin sans repères. Du coup, à travers ces personnages, j'ai découvert une autre facette de Smokey Dalton, comme si tout à coup, il avait laissé tomber le masque et qu'il avait par la même ocasion permis au lecteur de l'apprécier.

    J'ai beaucoup apprécié l'intrigue et le dénouement de l'histoire, surtout en ce qui concerne le passé de Smokey et de Laura. Je ne me suis pas doutée une seule fois de la fin, donc la surprise a été totale. J'ai trouvé que cette intrigue collait parfaitement à la noirceur de que l'auteur voulait donné à son roman.

    Cette intrigue se dédouble dans ce roman, ce qui au début m'a un petit peu gênée parce que le seul rapport entre les deux intrigues, c'est seulement Smokey. Cependant, au fur et à mesure, je me suis laissée emporter par l'histoire de Jimmy et celle de Martin Luther King. Il m'a donc fallu un peu de temps pour addhérer totalement à l'histoire mais une fois dedans, je ne voulais plus en sortir...

  • Avis sur l'ouvrage Féérie pour les ténèbres - Intégrale t. 1, de Jérôme Noirez

    feerie.JPGParce que Féérie pour les ténèbres, c'est comme un poème en prose, c'est un flux de mots qui parfois ne font pas sens mais dont les associations ravissent les yeux, enivrent les oreilles et allument l'imagination. Encore une fois, comme pour les deux derniers livres lus de cet auteur, j'ai accroché au style de Jérôme Noirez, qui semble baigner dans un univers de bizarreries enfantines et féériques me ravissant au plus au point. 

    Mais Féérie pour les ténèbres, c'est aussi une histoire parfois difficile à suivre, embrouillée ou trop rapide. Je me suis perdue dans certains méandres des différents lieux visités, en y suivant des personnages que j'avais parfois du mal à resituer (même si certains, comme Grenotte et Gourgou, sont impossibles à oublier) ou des intrigues que j'avais oubliées entre-temps. Mais c'est quelques fois avec plaisir que je me suis égarée. Après tout, il est agréable d'explorer à l'aveugle l'agencement étrange d'un Palais de justice tortueux, certainement le lieu que j'ai préféré entre tous. 

     

    Dès lors, il faut accepter de se laisser porter par les mots de l'auteur dans cet univers habité par la magie et les phénomènes étranges et qui, en même temps, semble être le résidu malade de notre propre monde disparu pourtant à jamais. J'avoue que, une fois le livre relâché (ce qui est arrivé souvent parce qu'il est trop lourd pour être transporté dans un sac), j'ai eu du mal à me replonger dans l'histoire, ou plutôt à me remettre dans l'état d'esprit idéal pour réussir à vivre celle-ci plus que je ne la comprenais, meilleur moyen pour réussir à la suivre en fait. D'où peut-être cette impression marquée de perdre pied.

    C'est là qu'il me faudra encore une fois souligner une chose déjà mise en avant dans la chronique sur Le diapason des mots et des misères : là où j'adore l'écriture de Jérôme Noirez, j'ai un peu plus de mal à accrocher à ses récits. Dans ce cas-ci, j'ai plutôt apprécié les différents chapitres comme une suite de sketchs presque indépendants, alors qu'ils constituent pourtant un tout plus ou moins cohérent. Mais comme le dit l'extrait cité plus haut, chacun d'entre eux s'est avéré être une route par laquelle je me suis perdue avec plaisir. Mais par laquelle je me suis perdue quand même. Pour finir par trouver le chemin un peu trop ardu pour le résultat final... Heureusement, cette impression-la a été contrebalancée par des passages comme celui-ci :

    « Il pleure des étincelles, rit des ondes courtes, rêve de champs magnétiques. » (p. 392)

     

    Avant de finir, je suis obligée de faire ma petite tirade pro-papier. C'est que l'objet livre lui-même est superbe. La couverture d'Aurélien Police convient parfaitement au récit qu'elle enrobe. La fille frivole en moi raffole de ce paysage brumeux et de cette écriture tachée et élégante et ne se lasse pas d'explorer les recoins sombres ici et là. Des comme ça, j'en redemande !

    Au final, ce premier volume de Féérie pour les ténèbres (comprenant deux romans et une nouvelle) est une porte ouverte vers un monde déluré et enchanteur, détruit et désespéré, magique et ensorcelé. Je pourrais encore enchaîner les adjectifs, tout ça pour dire que l'aventure est unique. Je n'avais jamais rien vécu de tel auparavant, à part peut-être dans des délires paillards de la littérature classique française. Et encore... A découvrir.

  • fin de chronique du film Blanche Neige (Mirror Mirror)

    Le point fort de Blanche Neige Mirror Mirror réside plutôt dans la beauté de ses images donc. Cette fois, Tarsem Singh change un peu de style, optant pour une esthétique kitsch savamment étudiée et qui n'est pas sans rappeler l'univers visuel bollywoodien, allant même jusqu’à entièrement embrasser ce qu'il n'a fait qu'effleurer dans le générique de fin.

    Tarsem Singh a vraiment travaillé la mise en scène, jusqu'au moindre détail. Il a introduit quelques figures récurrentes dans celle-ci, notamment celle du paon qui accompagne le personnage de Julia Roberts et se décline sur ses robes, ses murs et même ses moyens de locomotion (comprendre son carrosse).

    D'ailleurs, il faut noter l'incroyable richesse des costumes, en particulier des robes de Julia Roberts. Mais ce que j'ai préféré dans tout ça (en dehors du ciel en constant mouvement qui amuse quand on le remarque), c'est le décor de l'« envers du miroir », et la manière dont la traversée est rendue.

    Mais abandonnons les images sublimes qui m'ont ravie de bout en bout, parlons un peu des acteurs. Ceux-ci m'ont moins convaincue, Julia Roberts y compris. Ils sont - à dessein sans aucun doute - quelque peu les caricatures d'eux-mêmes. Ce qui est, d'une certaine manière, nécessaire pour ce type de film. Mais la frontière entre caricature et ridicule est ténue, et parfois traversée ici.

    Malgré ces quelques défauts, Mirror Mirror est appréciable et hautement immersif. Il se déguste avec des yeux d'enfants mais un regard d'esthète. Il étourdit parfois, étonne souvent, fait sourire toujours. C'est un film pour enfants, entièrement, mais c'est un bon film pour enfants.

    Au final, Mirror Mirror est un film charmant sur le fond, époustouflant sur la forme, à condition d'apprécier ce type d'esthétique quand même assez particulière. Il deviendra certainement un de ces souvenirs cinématographiques dont les enfants de maintenant parleront avec nostalgie dans vingt ans

     

     

  • Blanche Neige (Mirror Mirror)

    Tarsem Singh, qui nous a offert The Cell, The Fall et Immortals, ne s'est révélé pour l'instant pas forcément doué pour construire des histoires mémorables. Cependant, ce réalisateur a un sens de l'image incroyable et fait de chacun des plans de ses films un véritable tableau riche et électrisant. A condition d'aimer ses compositions colorées tout en profondeur de champ, cela va sans dire. Cette fois-ci, il n'a pas failli à sa réputation. Mais l'histoire accompagnant ses quelques miracles visuels m'a paru plus aboutie qu'habituellement.

    neige.JPGTout commence par une partie animée gracieuse qui chatouille l’œil agréablement, même si elle aurait pu être encore plus originale, à l'image de celle de l'opération dans The Fall. Vient ensuite le récit normal, une version pas trop éloignée de celle que nous connaissons tous et qui lorgne plus du côté Disney que de celui du trop peu connu (et pourtant très bon) Snow White in the Black Forest.

    A noter cependant qu'un contexte social marqué a été ajouté : la méchante belle-mère oppresse le peuple qu'elle surtaxe pour financer ses fêtes et banquets. Du coup, les sept nains deviennent sept voleurs. Nains toujours, même s'ils se perchent sur des échasses pour attaquer leurs victimes (et les dépouiller de tout, même de leurs vêtements).

    L'histoire reste donc plutôt sage, même si le scénariste se l'est réappropriée et en a fait quelque chose de différent et de familier à la fois.. Il faut quand même souligner un parti-pris discrètement mais délicieusement féministe (et pour une fois, c'est l'homme qui est objectifié, au point que la reine perd tous ses moyens devant le prince à moitié vêtu)(je pourrais dire qu'on la comprend, mais en fait pas trop, le Ken de ce film m'a paru bien fade).

    Je ne me suis pas ennuyée pour ma part, au contraire, mais pendant l'entracte (oui, mon cinéma n'a toujours pas abandonné cette pratique barbare), j'ai entendu mes voisines se plaindre de la lenteur de la chose (en même temps, elles voulaient aller voir le film sur le Marsupilami...). Il est vrai que le réalisateur prend bien le temps de poser son histoire avant de passer à la partie plus animée. Cependant, c'est une chose que j'ai pour ma part appréciée, même si je n'ai pas été transcendée par le récit ou l'humour dont il fait preuve. Le tout est clairement orienté jeunesse, sans malheureusement beaucoup de lecture au second degré ou à un autre niveau.