20/11/2014

MoAD - visite en live ou en ligne

 

Le MoAD - Museum of African Diaspora - vient d’ouvrir ses portes dans un une belle architecture du Yerba Buena Garden District de San Francisco, tout pres du MoMA (Musee d’Art Moderne), dans le downtown. Encore en cours de developpement, il traite deja de plusieurs aspects de la diaspora africaine, y compris bien entendu, l’esclavage - avec notamment un documentaire sur le General Toussaint et Bonaparte - la culture et l’histoire africaine, mais aussi l’art moderne africain, ou de descendants africains. En partenariat avec le Bristish Museum, des silex de plusieurs millions d’annees sont non seulement en exposition, mais il possible d’en toucher certains…!

 

 


Mieux encore que le musee qui ne fait que debuter, le site internet du MoAD propose une visite guidee en video podcast de superbe qualite, ainsi qu’une version interactive de sa photo constituee de centaines de petites photos d’africains et de leurs descendants. Egalement accessible depuis la page d’entree du site, le projet “I’ve known rivers: The MoAD Stories Project” merite un detour. L’idee est de garder une trace de la vie des descendants d’africains a travers leurs propres recits. Cet effeort n’est pas le premier, puisque dans les annees 30 aux Etats-Unis, des ecrivains publics avaient ete envoyes au domicile de centaines d’americains de descendance africaine, anciens esclaves pour relater leur vecu de la fin de l’esclavage. Plusieurs ouvrages ont ete produits a partir de ces recits.

 

20:23 Publié dans Voyage | Lien permanent

11/11/2014

Soldats des Brumes / Soldat d'aretê

 

479 av. J-C. La bataille de Platée, ultime affrontement terrestre des Guerres Médiques. Xerxès, vaincu aux Thermopyles puis à Salamine est rentré en Perse, laissant le commandement à son lieutenant Mardonius. Las, ses troupes sont à nouveau vaincus par les Grecs coalisées à Platée. Sur le champ de bataille, un homme se réveille, gravement blessé à la tête et amnésique. Latro (soldat en grec), tel est désormais son nom, est fait prisonnier et esclave. Mais l’amnésie de Latro est d’un type particulier. Il a oublié son nom, ses origines mais se révèle athlète accompli, redoutable bretteur et stratège hors-pair et doté d’un don inédit : il voit les créatures surnaturelles. Dieux et déesses, faunes, fantômes, héros légendaires, Latro les voit et est capable de communiquer avec eux. Mais les problèmes de Latro ne s’arrêtent pas là : il oublie systématiquement tout les évènements de la veille. Chaque matin, ses compagnons doivent lui réexpliquer sa situation et où ses étranges facultés l’ont mené. Car les dieux s’intéressent beaucoup à Latro. Alors, il décide de tenir un journal sur un rouleau de papyrus. En lisant l’histoire de Latro, c’est ce rouleau que vous lisez.

Sur une idée initiale qui n’est pas s’en rappeler Memento de Christopher Nolan (à moins que ce ne soit l’inverse, Soldat des brumes date de 1986), Gene Wolfe promène son héros et ses compagnons de Platée aux jeux Pythiques de Delphes en passant par Corinthe, Athènes, Sparte et même les terres barbares thraces. Ces romans sont remarquables à plus d’un titre. Outre leur foncière originalité, il faut signaler une qualité d’écriture rare et maligne.
N’oublions pas que nous lisons le rouleau écrit par Latro, avec tout ce que cela comporte de subjectivité (il écrit et décrit ce qu’il voit et ressent) et d’ellipses. Que se passe-t-il quand Latro n’écrit pas ? Gene Wolfe use admirablement de ces possibilités pour plonger le lecteur dans une confusion qu’on imagine proche de celle de quelqu’un qui se réveille sans souvenirs de ce qui précède son éveil. Honnêtement, c’est parfois un peu déstabilisant mais c’est habile.
De même, Latro mélange (pas souvent, fort heureusement pour nous lecteur) des événement passées (ceux qu’il relatent) avec des évènements présents (ce qu’il se passe autour de lui pendant qu’il écrit). Enfin, dernière élément favorisant l’immersion du lecteur dans cette Grèce du Vème siècle avant J-C, Gene Wolfe mets dans la bouche de ses personnages non pas le nom des lieux et des personnages tels que nous les connaissons aujourd’hui mais tel que les contemporains les nommait. Athènes devient Pensée, Sparte est renommé Corde, Corinthe se dit Tour-Colline et ainsi de suite. Sortez le dico de grec ancien !
Au total, ces trois volumes sont une lecture hautement addictive qui vous plongent dans un univers novateur et d’une incroyable richesse, un tantinet frustrante à cause des ellipses et de sa conclusion mais si passionnante qu’on oublie vite les quelques défauts.
Je ne peux que vous conseiller de vous mettre aux aventures de Latro, le soldat d'arretê amnésique largement digne des héros antiques (d’ailleurs on en croise dans ces volumes).

Saga composée de trois volumes en VF publiés par Denoel dans sa collection Présence du Futur dans les années 90 et non réédité depuis hélas. Plus qu'à fouiller chez les bouquinistes !
t1 : Soldats des Brumes
t2 : Soldat d'aretê 1
t3 : Soldat d'aretê 2

 

23:00 Publié dans Livre | Lien permanent

31/10/2014

Katsuhiro Otomo - Anthology

 

Mieux vaut tard que jamais (la parution originale date tout de même d'il y a 13 ans), ce premier volume d'une anthologie en deux parties consacrée à Katsuhiro Otomo sort enfin chez nous en français. Il y a 20 ans surgissait pourtant au Japon son chef d'œuvre "Akira". Pour toute une génération (dont je fais partie), et ce dans tout le monde occidental, cet univers post-apocalyptique a ouvert brutalement la porte sur le manga et l’animation japonaise quand il a été exporté. Mais bien avant la publication tardive de ce recueil, le retard a quand même été quelque peu comblé pour découvrir l'œuvre d'Otomo dans son ensemble, que ce soit en manga ("Dômu", mais aussi "Zed" ou "Mother Sarah" au scénario) ou en anime ("Steamboy" et récemment "Freedom Project"). Et s'il existe encore bien des "one-shots" qui n’ont jamais été traduits ni en anglais ni en français, c'est surtout par le fait de leur auteur qui ne souhaite pas ressortir ses œuvres de jeunesse (d'ailleurs, Jean Giraud aka Moebius - admiré par nombre de mangakas - ne saurait pas pour rien dans cette nouvelle publication).

Les fans de la première heure comme les plus tardifs seront donc ravis à la lecture de cette dizaine d'histoires courtes datant de la période pré-"Akira", de 1977 à 1981. Presque indispensable quand on sait que parmi elles se trouvent les prémisces de "Memories" - ou plutôt du premier segment "Magnetic Rose" -, et surtout "Akira". Le film d'animation du même nom semblerait presque même découler de ce "Fire Ball", tant on en retrouve déjà tous les ingrédients : violence urbaine, pouvoirs psychokinésiques (qui seront également présents dans "Dômu") et apocalypse. C'est aussi le témoignage de l'émergence d'un auteur qui tranche à l'époque dans son pays, où dominent les histoires sentimentales, pour proposer les siennes inspirées par la SF occidentale, que ce soit les nouvelles de Philip K Dick ("Farewell to Weapons") ou les bandes dessinées de Moebius justement ("Flower"). Mais pas seulement, les histoires offrant ici sur 260 pages des variations de style jusqu'à aborder le récit comique. L'occasion donc de découvrir par là-même une facette méconnue de Katsuhiro Otomo, à travers "Hair", où des rebelles chevelus fans de rock s’opposent à une société rigide dirigée par les "cheveux courts", ainsi que quelques parodies de classiques occidentaux.

Le talent de l'artiste n'est plus à prouver, mais il était bel et bien présent dès ces débuts en images, déjà avant sa consécration.

 

22:52 Publié dans Livre | Lien permanent